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Démons - de Toshio Matsumoto - 1971

Publié le par Z

Un ronin réunit les 100 ryo nécessaires pour racheter son honneur et redevenir samouraï. C'est exactement la somme qu'il doit fournir pour libérer sa belle Geisha et la prendre pour femme. Il fait évidemment le mauvais choix, entrainant une suite sans fin de drames.

Démons se regarde comme du Shakespeare, comme du Sophocle.

 

Quelle claque ! Dans un premier temps, il est étrange de penser que ce Shura (Démons) a été tourné en 1971. Cet écran 4/3 et le jeu daté des acteurs, comme jouant au théâtre. Et petit à petit, on oublie cela. La pureté du noir et blanc s'impose, et le scénario diabolique nous emporte.

Car il faut le noter, c'est surtout pour son scénario que Démons est incontournable. Écrit comme une tragédie grecque, où le drame est inéluctable. Malgré cela, ce film retors nous réserve de belles surprises scénaristiques. L'honneur et le destin, au centre du film, servent une trame où nul ne sort grandi. Par des jeux de flashforward, Matsumoto met en lumière l'importance des choix des personnages et les dilemmes qui les hantent, les remisant à des insectes prix dans la toile de l'araignée du destin.

Le noir et blanc est d'une beauté renversante. Chaque plan au sabre se fend d'un éclatant reflet sur la lame, point blanc identifiant la menace. La qualité du noir est parfaite, permettant de faire littéralement disparaitre ou apparaitre un personnage en deux pas. Accentuant le trouble, voire l'horreur dans les pires situations.

Car Démons ne laisse pas indemne. Les quelques scènes d'action sont extrêmement dures et sanguinolentes, non sans rappeler les multiples démembrements qui ponctuent la saga Baby Cart, débutée (est-ce une coïncidence ?) un an après. Démons puisent cependant dans une horreur moins démonstrative mais diablement plus efficace.

Enfin, il faut reconnaitre à Matsumoto un art certain pour la composition de ses plans, en témoigne l'image que je vous propose : un femme au centre, et personne pour lui adresser un regard. L'humiliation sourde de l'exclusion, rendue en un seul plan, pour la scène charnière du scénario de Démons.

Film terrible sur le destin et l'importance des choix, Démons se regarde comme du Shakespeare, comme du Sophocle.

Soulignons enfin que Toshio Matsumoto, mort l'an dernier, n'a aucun lien avec le génial Hitoshi Matsumoto, qui lui est bien actif !

IMDB

5/5

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